jeudi 2 août 2018

La fille d'encre et d'étoiles, de Kiran Millwood Hargrave


Titre original : The Girl of Ink and Stars
Éditeur :Michel Lafon
Date de parution : 28 juin 2018
Public visé : Jeunesse, Fantasy
Nombre de pages : 263
Prix : 14,95 euros

Quatrième de couverture :  
Alors qu'il est interdit de quitter l'île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, Isabella est résolue à faire partie de l'équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l'expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s'agite dans son sommeil...



Mon   avis :

"- Crois-tu au destin ?
- Oui. Non. Peut-être...
- Réponds-moi, petit.
- Mon père dit que c'est un mot utilisé par ceux qui ne veulent pas assumer la responsabilité de leur propre existence.
"
- La fille d'encre et d'étoiles, K. Millwood Hargrave



Il faut que je l'avoue, l'achat de ce roman n'était absolument pas prévu : le titre ne figurait pas dans ma Wish list (comme c'est le cas pour un nombre incalculable d'autres bouquins !) et j'ai simplement été faible en apercevant sa couverture en tête de rayon à la librairie... Parce qu'il faut l'admettre, "La fille d'encre et d'étoiles" est avant tout un magnifique objet-livre ! S'il ne s'agissait que de l'aspect peau de pêche de sa couverture et des lettres métallisées, il ne sortirait pas du lot mais les pages intérieures sont simplement splendides : changement de la typographie habituelle, pages couvertes de tracés rappelant la cartographie et plans d'îles dans les deux rabats internes,... Que demander de plus pour avoir des étoiles dans les yeux ? Avant de débuter ma lecture, j'admets toutefois avoir eu quelques craintes à propos de l'aspect très chargé autour du texte mais notre œil de lecteur s'adapte finalement très vite, même si ce roman reste selon moi à déconseiller aux adolescents dyslexiques pour cette raison. 

Je vais être honnête, entre la beauté du livre et la quatrième qui me laissait entrevoir un récit fantasy sur fond de découverte de l'art de la cartographie, j'avais placé quelques attentes dans ce roman mais pas excessivement non plus, me rappelant qu'il était tout de même estampillé "jeunesse". Et au final, c'est bien ce qu'il est : un pur roman jeunesse, impossible à classer en young adult et qui séduira sans doute beaucoup mieux son public-cible (à vue de nez les 13-15 ans qui veulent s'initier à la fantasy) que moi.
Pour commencer, l'héroïne d'à peine treize ans et d'une maturité certaine, Isabella, est la fille d'un cartographe et vit sur une île que personne ne peut quitter à cause des dures lois du Gouverneur arrivé quelques dizaines d'années auparavant. Sur fond dictatorial, celui-ci a banni toute une partie de la population dans les Territoires oubliés situés dans une autre zone de l'île à laquelle il est interdit d'accéder sous peine de finir dans le Dédalus, une prison souterraine semblable à un labyrinthe. Dès lors, les questions surgissent et on perçoit le potentiel de cet univers où les légendes et mythes anciens se confrontent aux esprits cartésiens. Malheureusement, si on croisait les doigts pour s'y plonger entièrement et en apprendre plus, c'était peine perdue ! D'un côté, on se retrouve donc avec un monde pas si éloigné du nôtre à travers les noms de ses continents (Amrique pour Amérique, Afrika pour l'Afrique, l'Europa pour l'Europe,... je n'ai toujours pas compris l'intérêt de créer un univers de fantasy si c'est pour ne pas l'assumer et ne faire que de légères modifications de ce style...) et qui va rester dans un brouillard durant la totalité de notre lecture. 

Ainsi, l'histoire débute par le meurtre de Cata, une camarade de classe d'Isabella...dont nous ne saurons jamais rien ! Un simple prétexte donc pour pouvoir ensuite débuter une quête dans les Territoires oubliés à la frontière desquels elle a été tuée... Le souci majeur est qu'on aurait pu pardonner cette facilité si elle n'avait été utilisée que dans ce passage initial, mais ce n'est pas le cas ! On poursuit donc notre récit avec des évènements souvent confus et dont on a du coup bien du mal à comprendre les raisons et enjeux. De plus, je ne sais pas ce qu'il en est pour vous mais, pour ma part, j'ai un mal fou à suivre le déroulement d'une histoire dont certains évènements me paraissent obscurs, voire carrément fouillis... Or, cela a été le cas et particulièrement dans la seconde et troisième parties où les actions s'enchaînent à un rythme effréné : cela garde le lecteur en haleine mais le perd aussi (enfin moi j'ai été paumée à certains moments et pourtant j'ai l'habitude de lire des romans fantasy avec des quêtes plus ou moins poussées !). Trop souvent, on y retrouve une situation qui change en un tour de main sans comprendre réellement comment on a pu en arriver là tandis qu'on fait parallèlement la rencontre de nouveaux protagonistes dont on ne connaitra finalement rien d'autre que les prénoms alors qu'il y avait matière à creuser. Bien que porté par une ribambelle de personnages,  "La fille d'encre et d'étoiles" n'en montre aucun qui est exploité à hauteur de son réel potentiel. Déception... Déception... D'autant plus que je ne suis pas parvenue à éprouver une once d'empathie envers eux et encore moins à m'y attacher, ce qui est problématique dans un récit d'aventure (ne pas trembler en songeant à leur sort rend la lecture carrément moins palpitante, vous ne trouvez pas ?) ! Je ne vous parle même pas des cent dernières pages dans lesquels je crois que j'étais aussi paumée qu'Isabella elle-même !

Passons tout de même aux notes positives puisque, même si ce roman ne m'a pas emballée, je dois dire que j'ai été agréablement surprise de la plume de l'autrice qui, tout en gardant un cachet jeunesse, a su prendre une allure douce, presque poétique, de conteuse. Elle contribue ainsi à créer l'immersion à travers le mythe de l'île de Joya et à nous faire voyager, même si j'aurais apprécié des descriptions plus complètes. L'abord de la cartographie aurait pourtant pu le permettre, seulement c'est tellement succinct qu'on ne s'y prend pas vraiment même si cela a été bien sympathique d'avoir pu découvrir cet art. Autre point extrêmement positif : pour une fois, l'habituelle romance adolescente a été remisée au placard au profit d'une mise en avant de l'amitié et les valeurs d'entraide ! Je ne peux qu'adhérer à cent pour cent à ce choix (car oui, les amoureux transis à la Twilight ou les coups de foudre express d'une crédibilité proche du néant, j'en peux plus), dommage d'ailleurs que plus d'auteurs ne l'imitent pas.


Pour conclure, il s'agit là d'un roman qui plaira sans doute aux adolescents fans d'aventures sur fond de mythes anciens, de récits très dynamiques où on passe rapidement d'un évènement à l'autre sans transition et qui ne se formalisent pas que l'univers fantasy soit peu développé. Bref, une introduction intéressante à la fantasy sans être pour autant une panacée alors qu'elle aura facilement pu le devenir. Avec une excellente base au départ mais qui, mal exploitée, devient la plus importante faiblesse de "La fille d'encre et d'étoiles", l'écriture plutôt entraînante de l'autrice ne parvient pas à rattraper les défauts et on se retrouve face à des personnages transparents, sans grand intérêt, dont l'histoire est bouclée expéditivement dans un monde fantasy qu'on sentait plein de promesses qui ne sont malheureusement pas tenues.


Points positifs :
  • Une histoire d'amitié, ce qui change de l'éternelle et usée romance adolescente. 
  • Une petite découverte de la cartographie bien sympathique. 
  • L'écriture de l'autrice avec un style recherché. 
  • Un magnifique objet-livre.

Points négatifs :
  • Des personnages insipides. 
  • Un univers sous-exploité. 
  • Des moments de grande confusion, surtout dans la seconde et la troisième partie du roman. 
  • Une résolution floue et expéditive. 
  • Même si le changement de typographie et l'illustration de l'intégralité des pages sont réussies, cela rend la lecture plus coûteuse cognitivement et ce roman est donc à déconseiller aux adolescents présentant des troubles du langage écrit.



dimanche 17 juin 2018

Concours - 100 abonnés bookstagram



Comme vous le savez sans doute, ce blog dispose d'un compte Instagram sur lequel je poste très régulièrement des photos et des stories à propos de mes lectures !

Il y a quelques jours, j'ai eu la joie de découvrir que le cap des 100 abonnés venait d'être franchi ! Autant vous dire que j'étais aux anges : c'est tellement un plaisir de partager ma passion des livres avec vous... 💙

Pour récompenser tous mes lecteurs, j'organise donc un concours. Si vous me suivez sur le blog, il vous suffit de rejoindre mes aventures livresques sur Instagram, de vous abonner à @livresse_de_la_plume et de remplir les conditions du concours qui sont listées dans la publication bookstagram. Vous aurez automatiquement une chance supplémentaire au tirage au sort grâce à votre suivi assidu du blog. 💙 D'ailleurs, n'hésitez pas à m'envoyer un mp si votre pseudonyme instagram n'est pas le même que celui en tant qu'abonné sur le blog afin que je puisse prendre en compte votre bonus !

Encore merci à vous et à très vite pour de nouvelles chroniques !


dimanche 27 mai 2018

13 reasons why, de Jay Asher


Titre original : 13 reasons why
Éditeur : Albin Michel
Date de parution : 3 avril 2017
Public visé : Young adult / Jeunesse
Nombre de pages :288
Prix : 14,50 euros


Quatrième de couverture :  
Clay Jensen reçoit sept cassettes enregistrées par Hannah Baker avant qu'elle ne se suicide. Elle y parle de treize personnes qui ont, de près ou de loin, influé sur son geste. Et Clay en fait partie. D'abord effrayé, Clay écoute la jeune fille en se promenant au son de sa voix dans la ville endormie. Puis il découvre une Hannah inattendue qui lui dit à l'oreille que la vie est dans les détails. Une phrase, un sourire, une méchanceté ou un baiser et tout peut basculer...

Mon   avis :

"Quand une chanson vous fait pleurer, mais que vous n'avez plus envie de pleurer, vous cessez de l'écouter. Mais échapper à soi-même, c'est impossible. On ne peut pas décider de ne plus se voir. De couper le son à l'intérieur de sa tête. " - 13 reasons why, J. Asher


J'ai lu ce roman il y a plusieurs mois, juste avant de regarder la série éponyme et, à l'époque, je n'avais pas eu l'occasion de me pencher sur une chronique : peut-être notamment parce que j'avais préféré l'adaptation au récit écrit lui-même (et croyez-moi sur parole, c'est la première fois que cela m'arrive !). Là où je trouvais que le roman nous dressait un portrait trop unilatéral des évènements et ne nous encourageait pas à voir toutes les facettes de cette histoire qui, finalement, ne concerne pas que Hannah Baker, cette lycéenne qui met fin à ses jours mais pas sans avoir pris le temps de faire expédier des cassettes audio sur lesquelles elle enregistre les treize raisons qui, selon elle, l'ont conduite à commettre l'irréparable.   

Ce roman est ainsi conçu que nous suivons Clay, un des jeunes apparaissant sur les cassettes et qui va devoir les écouter une à une pour comprendre pourquoi il figure sur la liste des raisons d'Hannah. Le rythme particulier du "cassette après cassette" est une structure innovante et tellement efficace : on se retrouve, tout comme Clay, à ne pouvoir stopper l'écouter (ou devrais-je dire la lecture, bien que l'immersion soit parfois si totale qu'on a réellement l'impression d'entendre les paroles de l'adolescente) aussi bien pour découvrir ce qu'elle reproche à Clay qui nous paraît bien innocent, que pour tenter de comprendre ce qui a pu la conduire à s'ôter la vie. Avec un découpage minutieux alors même que l'ensemble des évènements se retrouveront liés, Jay Asher nous montre que l'effet papillon peut avoir des conséquences considérables et insoupçonnées pour celui qui a fait tomber le premier domino et engendre une chute inexorable... Une chute que n'importe qui peut ensuite amplifier davantage...

Ici, on ne cherche pas à sauver le personnage, on connaît sa fin tragique et même si c'est extrêmement douloureux qu'elle ait pu faire cela, ce choix narratif permet de se concentrer sur le sujet délicat du suicide chez les adolescents. L'auteur ne s'en contente d'ailleurs pas et parvient à aborder avec une certaine justesse le harcèlement scolaire, les agressions,... Si j'ai trouvé que l'idée de base était excellente, j'avoue avoir été déçue par la montée en puissance. Cela m'a donné l'impression qu'il en fallait toujours plus. Je l'ai vécu comme une surenchère malsaine et cela jusqu'aux ultimes cassettes où on touche carrément le fond... Pour moi, trop c'est trop... Si le message de base était de provoquer une prise de conscience vis-à-vis du mal-être adolescent et de ses possibles conséquences, je ne suis pas sûre que toute cette théâtralisation autour du suicide d'Hannah (parce que, mine de rien, c'est exactement le rôle que vont revêtir ces cassettes) serve cet objectif. De même, on sait que la sensibilité exacerbée des adolescents (et ce n'est pas moi qui le dit, il y a plus d'une étude sur le sujet, aussi bien sur l'importance accrue de l'environnement social et son impact sur leur développement psychique que sur la prépondérance du harcèlement scolaire à cet âge) peut les conduire à des extrêmes. Alors pourquoi en avoir toujours fait plus ? Pourquoi avoir eu besoin de trouver inlassablement des évènements plus glauques ? Les dix premiers n'auraient-ils pas été assez parlants, pas assez épouvantables pour que son suicide ne soit pas banalisé ? J'avoue que je n'y trouve aucune réponse si ce n'est la volonté de choquer le lecteur. Je reste certaine que cela n'était pas nécessaire, bien au contraire j'ai trouvé que cette accumulation décrédibilisait l'ensemble et tentait de justifier de manière plutôt malsaine son geste.

Enfin, un des éléments qui m'a gênée durant toute ma lecture est que l'ensemble de l'écoute des cassettes se fait sur une unique nuit. Nuit durant laquelle, nous sommes bloqués avec Clay et la voix d'Hannah qui ne cesse de s'échapper de ses écouteurs... Bien sûr, cela permet l'immersion, je ne le nie pas. Cependant (vous avez bien compris que j'ai quelque chose à en redire), j'ai trouvé cela tellement réducteur de ne pas pouvoir avoir la version des autres protagonistes. Attention, je ne cherche pas à dédramatiser ce qu'Hannah dit dans les cassettes, ni même à dénigrer la manière dont elle a ressenti ce qu'il s'est produit : toutefois c'est sa vérité à elle, pas forcément celle des autres... Heureusement, Clay nous donne quelques pistes à ce sujet, sans que cela soit suffisant pour pouvoir appréhender le problème dans sa globalité.


En conclusion, c'est un roman que je recommande mais avec des bémols, notamment si vous avez vu la série. En effet, dans ce dernier cas de figure, j'ai presque envie de vous dire qu'il est inutile de vous précipiter sur la version écrite. Certes, je lui reconnais un aspect immersif que je n'ai pas retrouvé avec la version télévisée mais qui vous laissera sans doute un goût amer tant sa vision restreinte peut être très dérangeante et injuste pour les personnages encore bien vivants. Bref, un roman qui fera réfléchir mais sur lequel il faut à mon sens prendre beaucoup de recul pour pouvoir dégager un véritable message qui se perd en chemin.

C'est là que la série réussit d'ailleurs un tour de force magistral lors de sa première saison, qui suit presque intégralement la trame du livre de Jay Asher : elle parvient à être plus profonde que le roman dont elle est inspirée et à transcender les questions qu'il soulève sans nous offrir forcément une réponse. Ce seront nos débats ultérieurs, avec d'autres lecteurs/spectateurs ou même des proches, qui devront nous aider à nous débrouiller avec toutes les interrogations restées en suspens et dont je doute que certaines aient réellement une explication... Même si cela peut paraître brut, cet aspect m'a enchanté dans le sens où il s'agit d'une réelle invitation à la réflexion personnelle.


Points positifs :
  • Une immersion totale. 
  • Une écriture fluide qui nous permet d'enchaîner les pages sans nous lasser. 

Points négatifs :
  • Une vision trop restreinte et engagée dans une réflexion préconçue qui ne nous permet finalement pas d'accéder à une compréhension globale de la problématique. 
  • Une surenchère qui n'était absolument pas nécessaire !


vendredi 20 avril 2018

La maison bleu horizon, de Jean-Marc Dhainaut

 
Éditeur : Taurnada éditions
Date de parution : 29 juin 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 260
Prix : 9,99 euros

Quatrième de couverture :  
Janvier 1985. Tout commence par un message laissé sur le répondeur d’Alan Lambin, enquêteur spécialiste en phénomènes de hantises. Une maison, dans un village de la Somme, semble hantée par un esprit qui effraie la famille qui y vit. En quittant sa chère Bretagne, Alan ignore encore l’enquête bouleversante qui l’attend et les cauchemars qui vont le projeter au cœur des tranchées de 1915. Bloqué par une tempête de neige, sous le regard perçant d’un étrange corbeau, Alan réussira-t-il à libérer cette maison de ce qui la tourmente ?

Mon   avis :

"Vous savez, s’il est vrai que les fantômes n’existent pas, je crois que les fantômes, eux, l’ignorent." - La maison bleu horizon, J.-M. Dhainaut


Quel roman, mais quel roman ! Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu affaire à un récit d'épouvante aussi prenant et rudement bien ficelé ! Toutefois, avant de passer à la chronique détaillée, je tiens à remercier Taurnada éditions et le forum Mort Sûre pour ce service-presse qui m'aura permis de faire connaissance avec un auteur français talentueux !


Immédiatement plongés dans l'histoire, les premières pages ne nous laissent aucun répit. Phénomènes paranormaux débutent et nous plongent instantanément dans une ambiance glaciale... Le rythme est d'ores et déjà donné : peu de répit et une réelle facilité à passer d'un élément à l'autre en assurant une continuité parfaite qui nous donne envie de poursuivre notre lecture sans attendre. J'ai d'ailleurs eu un mal fou à poser ce livre lorsque j'atteignais la fin d'un chapitre, toujours avide d'en savoir plus et de pouvoir continuer mon enquête au côté d'Alan, le principal protagoniste.

Parmi les personnages présents, c'est en effet sur ce professionnel du surnaturel que nous allons nous attarder. En effet, bien que nous ayons à notre disposition toute une famille, celle-ci ne verra pas ses personnages être plus développés que nécessaire. Ils restent néanmoins crédibles et, à mes yeux, c'est tout ce qui compte vu leur importance toute relative dans le déroulé des évènements. Par contre, notre fameux Alan Lambin, parapsychologue, sera en première ligne après avoir répondu à l'appel à l'aide de la famille Anneraux. Il faut bien admettre qu'il m'a particulièrement plu : avec lui, pas de spirituel à tout va comme c'est régulièrement le cas dans les romans qui nous proposent de sombrer dans l'horreur et la hantise ! Au contraire, Alan tente de garder un côté cartésien et scientifique, se référant également à l'Histoire pour nous proposer une résolution progressive de l'énigme qui entoure la demeure où vivent Helen, ses deux enfants et leur fille au pair. Je ne vous gâcherai pas le plaisir de votre lecture en vous révélant des détails, mais sachez que si vous êtes comme moi une lectrice "active" (comprenez qui ne peut s'empêcher de chercher le moindre indice, l'analyser et le décrypter pour finir par poser mille et une hypothèses quant à la fin d'un roman, en mode Miss Marple enclenché !), vous y trouverez largement votre compte de fausses pistes et de suspens ! Alors bien sûr et certainement parce que je lis beaucoup, j'avais correctement déchiffré certaines de ces pistes savamment dissimulées, pourtant cela n'a en aucun cas gâché ma lecture. D'ailleurs, le final a clairement été la petite apothéose de ce roman et m'a juste laissé une question sur les lèvres : reverra-t-on Alan dans de prochaines aventures paranormales ? C'est vous dire à quel point je m'en suis délectée !

S'il faut de bons personnages pour faire un bon roman, il faut également une intrigue qui tienne la route et attise notre intérêt. Ici, même si on lui reconnaîtra un caractère plutôt classique (la vieille demeure assez cossue, les portes qui claquent, les murmures et compagnie... Si vous n'en êtes pas lassés c'est que vous n'avez pas encore lu assez de livres du genre !), elle fonctionne excellemment bien ! Tout le mérite en revient à la plume de l'auteur qui parvient à nous immerger complètement dans l'ambiance angoissante et incertaine de la maison des Anneraux. Pourquoi n'ai-je pas osé le mot "terrifiante" ? Tout simplement parce que je n'ai pas ressenti la véritable peur (vous savez, celle qui fait tambouriner votre cœur quand vous vous relevez après avoir tourné la dernière page de votre chapitre et que vous tendez l'oreille comme si vous risquiez d'entendre le même grincement de porte que celui qui s'est produit un peu plus tôt dans l'histoire que vous dévoriez ?), même si je n'en étais parfois pas très loin avec quelques poils dressés sur ma nuque... Sans doute est-ce cela qui me fait passer à côté d'un coup de cœur, même si je ne doute pas une seconde du fait que "La maison bleu horizon" saura remplir d'effroi plus d'un d'entre vous !

Par ailleurs, un des énormes points positifs reste tout le développement autour de la Première guerre mondiale ! Pour ceux qui aiment les faits historiques, je crois que je viens de titiller votre curiosité et c'est tant mieux si cela vous donne une raison de plus d'aller lire ce roman. Quant aux autres, ne fuyez surtout pas car, même si vous n'avez aucune affinité avec cette période de l'Histoire, je peux vous garantir qu'elle est si bien intégrée au roman que vous en oublierez totalement que vous détestiez cette matière au lycée ! Je tire mon chapeau à ce bel ensemble qu'a su construire l'auteur, avec maîtrise et précision... Sans compter que cela sonne comme un hommage aux soldats tombés au front pour leur patrie, superbe et admirable.


En conclusion, ce roman m'a permis de découvrir un fantastique auteur que je prendrai plaisir à suivre dans ses prochaines publications, d'autant plus que j'ai cru comprendre que notre cher Alan reprendra du service dans de prochaines aventures paranormales dans "Les prières de sang" dont la sortie est prévue pour le 5 juillet prochain, toujours chez Taurnada éditions ! Pour ce premier opus, j'ai pris un réel plaisir à me laisser emporter dans cette demeure hantée, à tenter aussi de jouer les enquêtrices au côté d'Alan et surtout à être surprise au fur et à mesure que mes hypothèses partaient en fumée jusqu'à la révélation finale ! Bref, je ne peux que vous le recommander si vous avez envie de vous offrir une petite lecture-frisson agréable et entraînante !


Points positifs :
  • Un récit où tout s'enchaîne parfaitement, rendant la lecture très fluide.
  • Quelques frissons en perspective grâce à une écriture qui dessert l'ambiance angoissante.
  • Une échappée dans l'Histoire avec de nombreuses références à la Première guerre mondiale, sans pour autant alourdir le roman.  
  • Une fin inattendue mais réellement saisissante !

Points négatifs :
  • Parfois trop de clichés propres aux romans d'horreur.



jeudi 1 février 2018

Ruine, de Tillie Cole


Éditeur : Milady
Date de parution : 4 décembre 2017
Public visé : Adultes
Nombre de pages : 442
Prix : 16,90 euros


Quatrième de couverture :  
Kisa est la fille du chef de la mafia russe de New York qui tient le Donjon - un ring clandestin - et la fiancée d'Alik, un tueur endurci. Un jour, elle croise par hasard un sans-abris couvert de tatouages et de cicatrices qui éveille en elle des sentiments inconnus. Quelque temps plus tard, elle le revoit en train de combattre au Donjon. Alors qu'il sème la peur et la mort sur son passage, Kisa brûle de désir pour cet homme que tout le monde appelle Ruine. Mais celui-ci poursuit un but ignoré de tous : il recherche celui qui lui a volé sa vie et souhaite assouvir sa vengeance qu'il attend depuis de trop longues années...

Mon   avis :

"Ils étaient destinés de toute éternité à se rencontrer : un garçon et une fille, deux cœurs coupés en deux, envoyés, chacun de leur côté, en des contrées perdues, car Dieu voulait s'assurer que l'amour vrai résiste bien à l'épreuve. Mais un jour, tandis qu'ils s'y attendaient le moins, le hasard les met en présence l'un de l'autre. Se reconnaîtront-ils ? Et, si oui, retrouveront-ils le chemin de l'amour ?" - Ruine, T. Cole


Ce roman n'est pas passé loin d'être un coup de cœur. Ceux d'entre vous qui me suivent depuis un moment savent pourtant que les ouvrages estampillés "new adult" ou encore "dark romance" ne sont vraiment pas ma tasse de thé ! Je n'aurais jamais porté mon choix sur ce livre si la quatrième de couverture n'avait pas été si alléchante. Je cherchais un bouquin qui tente de nous retranscrire une histoire dure, de celles qui nous font frissonner d'angoisse devant la nature sombre et parfois profondément mauvaise de l'Homme. C'est également un des premiers ouvrages que je croise et qui tente une incursion dans le milieu de la mafia russe. Bref, j'ai tenté ma chance et je n'ai pas été déçue, bien au contraire ! "Ruine", premier tome de la saga des "Les écorchés" de Tillie Cole, m'a fait passer par une multitude d'émotions grâce à son histoire d'une noirceur terrible, servie par deux personnages principaux des plus touchants.

Cette lecture s'est révélée hautement addictive. Dévoré en à peine quatre jours, "Ruine" est une petite pépite à l'état brut. Il est à réservé à un lectorat avisé car on y trouve plusieurs scènes très difficiles à supporter, aucune violence n'est épargnée aux personnages et les détails pullulent pour nous plonger dans cette ambiance malsaine. Là où cela me déplaît habituellement, je n'en ai pas été gênée ici puisque ces moments cruels, voire choquants, n'étaient pas inutiles à l'intrigue. Ils la soutenaient, poussaient les personnages dans leurs retranchements et le lecteur par la même occasion. Dans l'adversité, j'ai découvert Kisa et Ruine, deux diamants bruts, deux âmes-sœurs... Car, au-delà du sang et du malheur, nous assistons à une sublime histoire : celle de la destinée de deux âmes-sœurs qui se retrouvent après des années passées loin l'une de l'autre. 

Si l'une d'elles m'a le plus marquée, il s'agit bien sûr de Ruine. Vous ne pourrez que l'aimer malgré sa froideur initiale, ses manières sauvages et brutales, ses tatouages, ses cicatrices et son regard fuyant qui trahissent toutes les années de torture aussi bien physiques que mentales qu'il a subies. Les flash-back sont bien amenés, incorporés dans la narration avec subtilité : ils sont d'une qualité certaine et permettent de nous faire prendre conscience qu'il s'agit d'un colosse aux pieds d'argile, le faisant passer du statut de bête sanglante à celui d'homme brisé cherchant désespérément à se raccrocher à quelque chose, la vengeance, avant qu'il ne trouve la lumière d'un phare dans la nuit de son existence torturée. Certains penseront que c'est de la pitié que nous ressentons et qui nous pousse à nous attacher à lui, pour ma part je dirais que c'est sa fragilité derrière le masque bestial de tueur qu'il a dû porter si longtemps pour survivre qui m'a touchée et m'a fait baisser la garde. C'est typiquement le genre d'évolution que j'aime, trouver détestable un personnage dès les premières lignes puis le découvrir et m'y attacher... Cela me fait toujours pensé à cette citation : "Au moment où je comprends véritablement mon ennemi, où je le comprend assez pour le vaincre, alors, à ce moment même, je l'aime également." - La stratégie Ender, Orson Scott Card. Indéniablement, Ruine restera mon chouchou de cet opus...

Quant à Kisa, de prime abord on pourrait croire qu'elle souffre du fameux syndrome de "la demoiselle en détresse", cette atteinte pathologique hautement courante dans de nombreux romans "new adult" et qui transforme toutes les nanas dignes de ce nom en pauvres dindes mielleuses qui ont besoin d'un prince charmant (de préférence baraqué et riche tant qu'on y est à faire notre liste au Père Noël) pour les aider dès qu'elles se cassent un ongle. Pour être honnête, la passivité de Kisa peut agacer mais si on essaye réellement de se mettre à sa place, on finit par se rendre compte qu'elle est bien plus forte qu'il n'y paraît. Après tout, elle fait ce qu'elle peut pour survivre dans cet univers qui est le sien : elle sacrifie sa liberté pour faire ce qu'on attend d'elle en tant que bonne future épouse de la mafia russe de New York, la Bratva. Alors qu'initialement c'était bien Kisa qui m'avait énervée à rester si peu combattive face à la violence d'Alik, son fiancé et futur numéro Un de la Bratva, je me suis finalement aperçue que c'est davantage l'inaction de son paternel devant les supplices infligés à sa fille qui ne collait pas... Elle est une femme battue et pire même, tout le monde le sait, tout le monde le voit et pourtant elle n'est pas protégée par son père alors même qu'il est le chef de l'organisation et que la famille est censée être sacrée dans ce milieu ? Suis-je la seule à trouver ça louche ? Ce non-sens est d'autant plus flagrant quand on arrive à la fin du roman... Je n'en dirais pas plus, mais je classe ceci comme le plus gros défaut de cette histoire, sa principale incohérence.

L'histoire en elle-même importe peu, elle n'est qu'un prétexte : la vengeance de Ruine face à ceux qui l'ont accusé et expédié dans un goulag, prison où des adolescents sont forcés de se battre à mort et entraînés à devenir des tueurs sans passé, passe vite au second plan. Elle est omniprésente dans l'esprit de Ruine, certes, mais elle n'est pas la véritable pierre angulaire du récit qui désire nous parler d'amour inconditionnel et de rédemption. C'est à cause de la façon dont ces thèmes sont traités que je suis passée à côté du coup de cœur... En effet, même si l'auteur réussit un formidable tour de passe-passe en rendant addictif une histoire au rythme trop soutenu et d'une prévisibilité déconcertante, elle reste dans le classique : je t'aime, je te protègerai envers et contre tout (et puis après on fera des galipettes à s'en cramer le squelette...). J'aurais tellement voulu "autre chose"... Qu'on ne s'arrête pas à cela, qu'on n'assiste pas seulement à la renaissance de Ruine et la reconquête de son identité perdue, mais qu'on participe à sa réadaptation après tous les évènements insoutenables qu'il a pu traverser. Cela aurait mérité qu'on prenne le temps de laisser évoluer le personnage, qu'on ne précipite rien en enchaînant des chapitres convenus. Bref, je voulais de la profondeur.  Était-ce trop demandé pour un roman de "dark romance" ? Sans doute...

Dernier détail, je n'avais jamais eu l'occasion de lire un roman de Tillie Cole avant et je dois admettre que j'ai plutôt apprécié sa plume. Par contre, les constantes simplifications de la forme négative (faut croire que le "ne" n'a jamais servi qu'à faire joli dans "ne...pas") ne sont pas du plus bel effet et paraissent très artificielles : je me suis même demandée s'il ne s'agissait pas d'un défaut de traduction pour rendre les dialogues plus naturels... Dans tous les cas, c'est raté !


En conclusion, ce premier tome de la saga "Les écorchés" vous fera passer une bonne lecture si vous savez à quoi vous attendre en commençant à tourner les pages de ce roman. Ne vous y tentez pas si vous êtes une âme sensible, certaines scènes sont très visuelles et les évènements qui ont lieu au cours du récit peuvent choquer par leur violence. Pour les autres, je ne peux que vous recommander "Ruine" tant l'histoire qu'il conte de deux âmes-sœurs destinées à s'unir malgré les épreuves y est à la fois belle, dure et touchante.

Dernier détail, rendez-vous le 24 janvier en librairie pour découvrir le tome 2 intitulé "Tourmente" : cette fois-ci, le récit s'attardera sur Talia, un des personnage secondaire de "Ruine" et un certain 221.



Points positifs :
  • Une histoire addictive. 
  • Deux personnages principaux très touchants, attachants. 
  • Une peinture plutôt pas trop mal réussie du monde de la mafia russe. 
  • Enfin une dark romance où le sexe, la violence et autres joyeusetés ne sont pas là que par obligation mais bel et bien pour soutenir l'univers et le récit.

Points négatifs :
  • Un ensemble trop convenu, dont on connait le dénouement avant même de commencer notre lecture. 
  • Trop peu de rebondissements. 
  • Un manque de profondeur, le timing est serré pour faire tenir toute l'histoire dans un seul roman et cela oblige à faire des concessions dans le traitement de l'évolution des personnages, aussi torturés soient-ils.
  • Une héroïne passive, qui se laisse un peu trop porter par les évènements. 
  • Au niveau de l'écriture, l'oubli constant du "ne" des formes négatives.