mercredi 22 novembre 2017

54 minutes, de Marieke Nijkamp


 
Éditeur : Hachette
Date de parution : 2 novembre 2017
Public visé : Young adult, Jeunesse
Nombre de pages : 304
Prix : 20 euros


Quatrième de couverture :  
10h08 - Kevin
Mec, il se passe quoi ?
Réponds-moi !

10h09 - Sylvia
Tyler est revenu.

10h11 - Matt
Claire j'ai trop peur.
Il tire sur les gens. Qu'est-ce que je fais ?
CLAIRE DÉCROCHE S'IL TE PLAIT !

10h27 - Autumn
Ça ne peut pas être vrai. 
Ça ne peut pas être Ty. 
Ça ne peut pas être mon frère. 

10h30 - Tyler
Aujourd'hui vous m'appartenez tous.
Aujourd'hui vous allez m'écouter.
 


Mon   avis :

Opportunity est une petite ville paisible, tout le monde se connait et il ne s'y passe jamais rien. Pourtant, ce matin tout a basculé. Il a suffi de cinquante-quatre minutes seulement, cinquante-quatre minutes durant lesquelles un élève a ouvert le feu sur ses camarades au lycée de la ville. Ce sont ces cinquante-quatre minutes que nous allons vivre à travers les yeux d'Autumn, Sylvia, Tomàs et Claire. Cinquante-quatre minutes dont aucun ne sortira indemne.


Ce roman, j'en entendais parler depuis longtemps sous son titre original "This is where it ends". Il m'a immédiatement intriguée, non pas que j'ai des intérêts morbides, mais le thème difficile des tueries de masse dans les lycées américains est rarement abordé en littérature. Après tout, "Rage" de Stephen King qui narrait une prise d'otages dans un lycée avait été interdit d'édition en 1999 par son auteur lui-même suite au drame de Columbine et rares sont les ouvrages qui se risquent sur le sujet depuis (on relèvera tout de même "Hate list" de J. Brown qui dément mon propos, bien qu'il s'attarde surtout sur la vie après un tel drame que sur les évènements en eux-mêmes).

Toujours est-il que j'ai tourné la première page avec un soupçon d'appréhension...qui s'est très vite dissipé ! En effet, l'intrigue se met rapidement en place et les différents points de vue sont aisés à suivre tout en sachant poser un regard singulier sur la situation en cours. Ce que j'ai particulièrement apprécié, ce sont les personnalités de ces quatre narrateurs entre lesquels nous oscillons : bien travaillées, elles nous permettent d'aborder leurs sentiments, leurs pensées ainsi que leurs réactions avec un réalisme poignant. Grâce à eux, on entrevoit les affres internes de cette période de la fin du lycée où on ne se sent plus adolescent mais pas encore réellement adulte, où les espoirs sont aussi vivaces que les doutes et où les rêves côtoient une réalité qui ne leur correspond pas toujours... Là où cela est déjà si difficile à raconter vient se mêler la fusillade, entre la terreur de ceux qui se retrouvent piégés au coeur de l'action meurtrière, de ceux qui sont proches mais pourraient s'enfuir et ceux pour qui le soulagement de se trouver loin du massacre finit par faire place à l'atroce attente et au sentiment d'impuissance.

C'est touchant, c'est dur, douloureux même... D'autant plus que tous connaissaient Tyler, le tueur, et pire qu'ils ont ou ont eu une relation unique avec lui, un lien spécifique qui les pousse dans leurs retranchements si bien qu'ils sont bientôt hantés par une interrogation : et si... Et si ils avaient été témoins de signes qu'ils n'avaient pas su interpréter, et s'ils avaient parlé de ce comportement étrange, de cette parole qui lors de ce jour-là prend tout son sens, et si... La psychologie des narrateurs est bien exploitée. J'ai adoré les flashbacks parsemés au cours du récit, ils ne font qu'accroître notre attachement aux quatre victimes que nous suivons et nous permettent de les comprendre encore davantage pour finir par nous toucher en plein cœur lorsque le roman touche à sa triste fin... Une fin complexe, douloureuse transition entre un avant et un après...

Marieke Nijkamp a su tracer les lignes d'un récit complexe avec authenticité et, le plus important selon moi, avec simplicité. Sa plume à la fois épurée et travaillée nous permet de nous laisser entraîner dans l'intrigue, de sentir peser sur nous le huit-clos tant et si bien qu'on égrène les pages comme les narrateurs rêvent de voir filer les minutes trop longues durant lesquels le massacre se perpétue... Je déplore uniquement que le style d'écriture n'ait pas été légèrement différencié entre les narrateurs car, même si cela rend l'ensemble homogène et contribue à n'en pas douter à la fluidité de la lecture, j'aurais voulu qu'on arrive à sentir la singularité de chaque personnage également dans sa façon de s'exprimer (mon côté "professionnelle de la communication" qui refait surface peut-être ?^^).

Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent... On se perd en même temps que les personnages, on partage leur peur, leurs doutes et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent lors de ces tragédies...


En conclusion, les mots ne sont pas assez forts pour dire ce que vous ressentirez lors de la lecture de ce roman. Touchant, poignant, choquant, difficile parfois, vrai souvent...  "54 minutes" est une pépite, un véritable coup de cœur dans lequel je ne peux que vous recommander de vous perdre sans attendre. On s'égare en même temps que les personnages, on partage leur peur, leur doute et leur souffrance. Comme eux, nous n'avons aucune réponse à la fin du roman... Juste des questions qui resteront sans réponse, comme souvent malheureusement lors de ces tragédies...



Points positifs :
  • Un récit simple, qui ne tombe pas dans le pathos.
  • Des personnages d'une authenticité rare pour un roman jeunesse.
  • Une façon très humaine et sans artifice de traiter un sujet dur, mais malheureusement d'actualité.
  •  
Points négatifs :
  • Que la fin arrive trop vite en nous faisant verser quelques larmes ? Plus sérieusement, mon seul regret est peut-être que le style d'écriture n'ait pas été vraiment différent selon les narrateurs.



Ouvrage lu dans le cadre du Challenge de Mort Sûre


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