jeudi 29 décembre 2016

La maison des morts, de Sarah Pinborough


Éditeur : Milady
Date de parution : 25 octobre 2016
Public visé : young adult
Nombre de pages : 384
Prix : 16,90 euros

Quatrième de couverture :  
C'est une maison sur une île déserte où des jeunes attendent de savoir s'ils vont mourir. Arrachés à leur famille à la suite d'un diagnostic, ils vivent dans la crainte du moindre symptôme, car alors on les emmènera en pleine nuit au sanatorium d'où personne ne revient. Au dortoir 4, Toby et ses copains trompent l'angoisse comme ils peuvent, repliés sur leurs souvenirs d'avant la condamnation à mort. Jusqu'au jour où l'arrivée d'une nouvelle patiente va tout changer et redonner brusquement à Toby une raison de profiter de chaque jour et même d'espérer. Car on va tous mourir un jour ; ce qui compte, c'est comment on choisit de vivre.

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Ma note : 6,5/10

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Mon   avis :

Un diagnostic change la vie de Toby : suite à un test, il est déclaré Déficient. Il est alors conduit sur une île isolée où d'autres enfants et adolescents attendent comme lui que la maladie se déclare et les conduisent jusqu'au sanatorium, lieu inconnu d'où seules les infirmières reviennent... C'est dans cette atmosphère terne qu'une étincelle de vie fait soudain son apparition avec l'arrivée de Clara. Elle aussi est Déficiente et pourtant si différente de Toby avec ce sourire qui ne la quitte pas. Apprendre à la connaître fera naître en lui des émotions qu'il n'osait plus éprouver. Lueur d'espoir ou leçon de vie, bien des choses changeront dans la maison des morts...


"La Maison des Morts" est un roman dont je ressors avec une impression en demi-teinte. Toutefois, avant de vous partager mon ressenti, mieux vaut commencer par le commencement ! Ce qui m'a séduite au premier abord, c'est le splendide livre-objet que constitue cet ouvrage : il dispose d'une couverture cartonnée, brillante avec des reflets métallisés et d'une tranche noircie qui lui donnent un charme certain. Puis, réflexe de lectrice aguerrie, j'ai immédiatement découvert la quatrième de couverture : avec son ton intriguant, elle laissait présager une histoire sombre, flirtant avec le registre de l'horreur (et la petite mention de Stephen King ne m'a pas laissée indifférente, je dois l'admettre). Après tout, qu'attendre d'autre d'un récit qu'on vante en termes de "condamnation à mort", "sanatorium,...

Que dire si ce n'est que j'ai été prise à contre-courant ! En effet, point d'horrifique dans ce récit. Bien entendu, nous avons le droit à une atmosphère pesante et angoissante, de toute manière comment y échapper lorsque les protagonistes ont une lourde épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Atteints d'une pathologie incurable, tous ont été détectés comme Déficients et emmenés de force dans une sombre bâtisse où ils attendent la mort. Flotte dans l'air un parfum de résignation, la plupart d'entre eux ont passé le stade du doute, de l'espoir ou de la colère et, bien que cela puisse être déstabilisant pour le lecteur qui débarque dans cet univers, cette situation acceptée par tous permet de nous présenter les personnages avec simplicité.

Le souci est que cette simplicité s'apparente à un style de roman jeunesse dans la prose de l'auteur, ce qui m'a particulièrement gênée au début de ma lecture. Nous nous trouvons dans un roman "young adult", mais il n'y avait point besoin que cela ressorte tant. Dans le premier tiers du roman, cette écriture est bien trop dépourvue d'un véritable panache qui la rende unique. Les quelques séquences de fantasmes décrits dans un tout autre registre dénotent de l'ensemble et on ne sait qu'en penser. Heureusement, ce défaut disparaît au fur et à mesure que les pages s’égrainent. Je me suis interrogée : s'agissait-il d'une volonté de mettre en parallèle l'évolution du style avec la prise de conscience de Toby, le personnage principal ? Peut-être qui sait...

Par ailleurs, Toby est sans doute une des grandes forces de ce roman. Bien qu'il n'ait rien du héros traditionnel et puisse même se révéler plutôt agaçant de prime abord, il a saisi les enjeux de sa présence dans cette maison qui n'est autre que sa dernière demeure et il est de ceux qui sont résignés à leur sort. Ce renoncement peut surprendre, voire révolter le lecteur. Personnellement, je suis passée par ces deux émotions : que des enfants et adolescents puissent accepter si facilement une fin aussi cruelle, enfermés dans une demeure sordide et loin des leurs, m'a paru impensable surtout lorsqu'il n'est décrit aucun système de sécurité ni même de sanction en cas de rébellion (du moins si on exclut la rumeur d'une condamnation directe au sanatorium, et là encore un bruit de couloir calmerait-il tout un troupeau qu'on envoie à l'abattoir ?). Dans tous les cas, cette passivité ne peut qu'interpeller et là réside la savante réussite de ce récit.

Nous hurlons de tant de docilité et de froideur, puis vînt une étincelle de vie dans ce paysage de désespoir à peine voilé : un rayon de soleil prénommé Clara. Seule la mort les libérera tous de leur Déficience, Clara leur apprendra à tous que c'est le choix de continuer à vivre qui les libérera de leur destin. Sa déclaration sonne comme un message d'espoir, une lueur au bout du profond tunnel dans lequel tous s'enfonçaient sans broncher. La Maison des Morts reprend vie avec ses sourires. Son énergie est belle, j'oserais presque dire pure. Nous assistons à des renaissances malgré la faucheuse qui rôde, à des pieds de nez à cet avenir tout tracé aussi... Comme le disait parfaitement R.L. Stevenson, "l'important n'est pas la destination, c'est le voyage". Cette citation illustre à elle seule tout ce que l'histoire d'amour entre nos deux personnages principaux va offrir à nos yeux de lecteurs émotifs : celle-ci est mise en place avec tact et son évolution est très bien maîtrisée, ce qui ne la rend que plus crédible. Et croyez-moi, même lorsqu'on déteste les romances, on ne peut rester insensible devant la beauté de celle qui va les unir à la vie, à la mort...

Vous l'aurez compris, c'est finalement une leçon de vie qu'on nous propose avec ces expériences rudes mais aussi douces et frivoles. L'ambiance se détend et on a presque l'impression de voir cette foi en la vie briller dans leurs yeux tandis que les nôtres se rempliront de quelques larmes... La vie n'est pas un long fleuve tranquille, nous ne le savons que trop bien et ce roman n'est pas là pour le nier.

Je ne m'attarderai pas sur les personnages secondaires bien que certains soient touchants. C'est le cas de Will qui m'a régulièrement donné des pincements au cœur pendant ma lecture. Si jeune et innocent face à une situation qui le dépasse, je me suis laissée émouvoir. Cependant, je dois dire que j'ai été globalement déçue par les autres protagonistes gravitant autour de Toby et Clara. En effet, on retrouve beaucoup de personnalités-types : la brute, l'intellectuel, le naïf et même le fervent croyant. Un peu facile à mon goût, sans compter que ce découpage est bien trop stéréotypé pour être honnête. Quant à leur flagrant manque de volonté à en savoir plus sur leur demeure-prison, il est navrant.

Enfin, même si j'ai fait le deuil de mon histoire à frissons, j'ai un immense reproche à faire à ce roman : il manque de rythme. Point de péripéties inattendues, point non plus de révélations abominables sur ce fameux sanatorium dont on nous rabat pourtant les oreilles dès le premier chapitre. Rien. L'ensemble est finalement calme, la trame suit son cours sans accroc rendant le tout très convenu. On devine aisément les pseudo-rebondissements qui nous sont servis pour finir par devenir spectateurs d'une romance tranquille dont on devine aisément le final douloureux.



En conclusion, "La Maison des Morts" se révèle être une belle histoire d'amour, une esquisse d'un choix de vie et d'une envie de vivre aussi. Bien que l'ambiance soit oppressante au possible et qu'on dispose d'un personnage principal convaincant, j'ai éprouvé quelques difficultés à me laisser emporter dans cette demeure dont on ne sait finalement rien. Lorsqu'on est une grande curieuse comme moi, cela déplait de voir tant de mystères inexploités et de non-dits pesants. Bien sûr, la romance sauve l'ensemble avec une authenticité profonde qui fera verser une larme aux fleurs bleues.

Il faut néanmoins reconnaître que ce roman fait un pari audacieux mais réussi. Il nous rappelle avec finesse que nous sommes tous en sursis et qu'il ne tient qu'à nous de donner une saveur particulière à chaque seconde, d'en faire un instant mémorable pour lequel notre vie aura valu le coup d'être vécue. Carpe diem, voilà la grande morale de cette Maison des Morts...




Points positifs :
  • Un récit émouvant, qui saura ravir tous ceux qui sont sensibles aux douces romances...
  • Une justesse dans la progression de l'histoire et des sentiments des personnages qui est d'une beauté certaine.

Points négatifs :
  • Un style un peu trop orienté "jeunesse" au début de l'ouvrage.
  • Beaucoup trop de zones d'ombre et d'éléments inexploités, alors même que le dénouement est trop aisément devinable. 
  • Des personnages qui revêtent des personnalités-type. 
  • La fausse promesse d'horreur de la quatrième de couverture qui peut vous laisser un goût amer.




Ouvrage lu dans le cadre du Challenge "Je t'aime moi non plus" de Mort Sûre







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